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Articles de presse et émissions de radio sur les syndicats de bergers

Les contre-voeux des gardiens de troupeaux

Le 12 janvier, la chambre d’agriculture de l’Isère, aux mains de la FDSEA, organisait sa cérémonie officielle des vœux. Pour les gardiens de troupeaux, l’année 2025 a été marquée par l’irrespect et les abus de la part de nos employeurs et de leurs organisations patronales, FNSEA en tête. Le SGT38 a donc décidé d’organiser des contre-voeux, pour faire entendre la voix des oubliés de la production agricole : ses salariés.

Les contre-voeux

Quand les brebis sont forcées, elles sont appelées « salopes ». Quand un travail est mal fait c’est un travail « d’arabe ».

Chers camarades,
Déjà on vous remercie pour votre présence. C’est un honneur et un plaisir de vous retrouver pour cette cérémonie des vœux, à la fois simple et sans confort, exactement à l’image de nos vies.
Comment s’est passée l’année 2025 ? Et comment elle s’est passée pour les gardien.nes de troupeaux ? Une année de plus marquée par des perspectives et des événements heureux et malheureux. Une année où le patronat agricole, encore une fois, nous envoie des cadeaux par milliers…

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1 er cadeau des patrons : Grâce à eux nous avons pu sur la quasi-totalité de nos missions : Travailler gratuitement, par passion ! Sans compter ! Plus précisément :
En 2025 nous avons encore été obligé de travailler 7j/7, en continue pendant 4 mois ; c’est 70h en moyenne par semaine, payés 35h ou 44h seulement.
En 2025 nous avons aussi été contraints de signer des fausses fiches horaires au risque de ne pas être payé : une pratique illégale déjà dénoncée l’an passé.
« Ah faut dire quand on est passionné on n’est pas non plus à la demi-heure près »

2 ème cadeau des patrons : Les patrons nous offrent massivement de nous passer de l’infernale paperasse réglementaire tellement pesante pour les exploitants. Plus précisément :
En 2025 il a été très courant pour nous de recevoir nos contrats de travail plus d’un mois après l’embauche. Et parfois surprise ! Ça ne correspond pas à ce qui a été annoncé ; mais tu es déjà en poste avec toutes tes affaires héliportées ! « On va pas chipoter non plus c’est juste un papier, signe là on verra ensuite avec le comptable ! »
En 2025, courant aussi de ne pas recevoir sa paye et ses bulletins de paye à la fin du mois. « Mais non reste là-haut tu vas pas descendre pour ça, je te donnerai les chèques à la fin de la saison »
En fin de saison 2025, en guise de remerciement, on a un chantage aux papiers de fin de contrat : «Si tu veux ton attestation employeur pour France Travail, tu signe ce solde de tout compte, qui est faux ».
« Et si t’es pas contente je te retire encore le prix des brebis qui sont morte là-haut »
Et enfin en 2025, si ça coince côté trésorerie de l’employeur, tu peux subir une forte pression pour signer une rupture à l’amiable pour mettre fin à ton CDD de manière prématurée.

3 ème cadeaux des patrons : Travailler dans un métier technique, cela en grande autonomie, mais sur les papiers, incroyable : aucune qualification n’est reconnue ni valorisée par le salaire. Plus précisément : Dans les exploitations, on ne parle jamais de la grille de classification règlementaire, celle figurant dans la convention collective nationale et qui indiquant des salaires minimum. C’est raccord avec le fait qu’on ne voit pas non plus passer de fiche de poste.
C’est uniquement le salaire inscrit sur l’annonce qui sera versé, et on trafiquera la fiche de paie pour que ça colle. La loi de l’offre et de la demande gagne sur la règlementation.
En 2025 on peut avoir la responsabilité entière du troupeau : c’est-à-dire seul à 2300 m d’altitude, devoir diagnostiquer, soigner, lire sur le terrain la progression de la ressource fourragère et y adapter notre conduite de troupeau, tout ça sans aucune qualification. Et payé au SMIC horaire.
Pour rappel, un travail agricole de cette technicité et autonomie ne peut légalement pas être rémunéré à moins de 14,33 € brut horaire contre 11,88 € au smic. Ça fait 20% de différence, mais c’est une précision utile uniquement pour vous autre très chers camarades ici présent, car la FDSEA et les patrons fraudeurs connaissent très bien cette différence qu’ils mettent directement de côte pour :

  • le pick-up (que toi tas pas),
  • agrandir la maison (que toi t’as pas)
  • ou pour les études des enfants (que toi t’as pas non plus).

4 ème cadeau : Nous avons pu encore cet été vivre loin des soucis matériels. Plus précisément :
Avoir des logements sans électricité, ni eau courante, ni douche.
C’est bien ça non ? C’est brave non ?
Tomber malades à cause d’eau non potable. Devoir gérer l’astreinte des bêtes ET se vider. Sans accès à un remplacement, ni médecin, se soigner avec les moyens du bord. C’est courageux non ?
Attraper des mycoses, entre les doigts de pied restant 16h par jours dans des vielles chaussures, des champignons entre les cuisses, du fait du frottement. Et tu dois remettre tes chaussures encore mouillées. Et les mycose des fois, ça reste même l’hiver. Est-ce que c’est brave ça ?
Être attaqué par des puces. Manger de l’urine de rongeur.
Est-ce que ÇA c’est courageux ?
Devoir se chauffer à la gazinière, n’avoir pas de détecteur de monoxyde de carbone et être intoxiqué au monoxyde de carbone. (Hospitalisé plusieurs jours, être en risque de mort)
Est ce que c’est brave ou c’est courageux les camarades ??

5 ème cadeau : Nous avons pu payer pour travailler, car ce boulot faut le mériter ! Plus précisément; nous avons utilisé et usé gracieusement notre véhicule personnel pour transporter sur des chemins les filets électriques, le sel, les chiens de protection et les animaux blessés.
Nous avons eu des véhicules de fonction dans le contrat mais pas dans la vraie vie.
Nous avons vu des éleveurs débarquer en 4×4 devant la cabane pendant que le reste de la saison, on porte nos courses pendant deux heures sur notre dos.
On a aussi payé l’entièreté de nos équipements de travail, des chaussures d’alpinisme au couteau pour parer les pieds des brebis.

6 ème cadeau : on nous apprend que la clé c’est le duo salarié-employeur. Pour Noël nous avons reçu de la part des employeurs, des violences. Plus précisément:
Des propos racistes, misogynes. Quand les brebis sont forcées, elles sont appelées « salopes ». quand un travail est mal fait c’est un travail « d’arabe ».

Un éleveur qui jumelle sa salariée, la menace de mort et l’agresse, il menace ses proches qui la visitent dans sa montagne.
En 2025 : des salarié.es angoissé.es de croiser leurs éleveurs qui les humilient. Alors on nous appelle, nous le syndicat, on nous écrit. Mais combien ne l’ont pas fait et sont resté seul.es dans ces situations ?

Et enfin, 7 ème et dernier cadeau : des accidents du travail comme s’il en pleuvait:
On rappelle que les DUERP sont obligatoires, et correspondent au premier pas vers une gestion de la sécurité et la santé au travail. Mais de ces DUERP on ne voit jamais la couleur.
Par contre ce qu’on voit souvent par centaines c’est des berger.es en situation de risque travaillant en zone blanche, sans réseau, à qui aucun dispositif de communication n’est fourni.
En 2025 on a pu voir : Plusieurs berger.es fulguré.es, dont certains éleveurs refusent de déclarer l’accident du travail.
Un berger mort foudroyé pendant qu’il soignait les brebis (à Prad-Haute-Bléone), aujourd’hui déclaré mort pendant ses repos. Il se reposerait sous l’orage.
Un berger qui s’est suicidé, en parlant dans sa lettre d’adieux de sa précarité et de son état physique détérioré par le travail qui l’empêchait de continuer à marcher
Un dérochement d’un berger débutant embauché sur une montagne réputée dangereuse : fracture et traumatisme crânien.
Des berger.es mis en arrêt, à qui on met la pression pour démissionner ou qu’on tente de licencier.

En parallèle à ces attentions toutes particulières du patronat, nous tenons aussi à souligner leur engagement quant à la bonne poursuite des négociations de nos conventions collectives :
En 2025 la FDSEA 38 rétropédale, après s’être exprimée favorable à une indemnisation pour les frais d’équipement.
Elle coupe les négociations iséroise des dernieres 3 années, et propose de recommencer la négociation à 0, cette fois ci au niveau régional. Même écho côté Savoie.
Une belle initiative de leur part, mais nous nous aimerions déjà finir ce que nous avions commencé. Pour les 2 FDSEA c’est non, la balade est fini c’était pour de faux. Apres cette action déloyale il faudrait leur tendre à nouveau la main pour une nouvelle promenade cette fois ci en Auvergne Rhône Alpes ?

Côté négociation nationale, en octobre, la FNSEA et la FNO (Fédération Nationale Ovine) ont mis fin aux négociations par un simple mail. Elles ont décidé que finalement, le national n’était pas le bon niveau pour négocier.
en 3 ans on s’était à peine mis d’accord sur le champ d’application d’une réglementation qui n’a finalement pas pu être discutée. Une mise sous tutelle par le gouvernement est en cours pour reprendre les négociations.

Voilà le bilan. La FNSEA nous semble prise d’un vilain défaut de procrastination et d’une sacrée aptitude à la paresse. Nous, on nomme cela : du mépris de classe.

Un bilan 2025 qui est donc assez mitigé:

Aucun avancement concret par la voie de la négociation :
Après 3 ans de négociation en Isère et en Savoie: rien de significatif pour améliorer le sort des bergers.
Après 3 ans de négo au niveau national, rien non plus

Et pendant ces 3 ans, les exploitants agricoles :
Voient leur secteur reconnu comme métier en tension. En PACA ils lâchent sans scrupules en public qu’« il n’y aura plus que des roumains et des tunisiens pour garder les bêtes ».
Mais encore, pendant ces 3 ans les patrons jouissent de la pérennisation du dispositif TO-DE (Travailleurs Occasionnels – Demandeurs d’Emploi) qui permet l’exonération totale de cotisations patronales et condamne les salariés à être payés au SMIC.
Ils peuvent compter également sur l l’AFPR (Action de Formation Préalable au Recrutement) qui leur permet de faire travailler gratuitement un employé avec la bénédiction de France travail
Et enfin, ils se réjouissent certainement de la loi Duplomb. Ou comment persévérer dans la recherche de profits en passant l’éponge sur les normes sociales et environnementales au détriment de la santé publique — Moins de réglementation et de paperasse, à commencer par le code du travail.
Triste période, mais n’oublions pas le plus important : en 3 ans, on est passé d’un syndicats de gardien.nes de troupeaux actif à 4 sur le territoire métropolitain.
Nous comptons de plus en plus de membres, par dizaines. Toustes sont déterminés à faire appliquer leurs droits et en conquérir de nouveaux par la lutte et la solidarité. Si la voie des négociations nous est fermée, nous nous concentreront sur l’essentiel : le rapport de force.

Les Nations Unies ont proclamé 2026 comme l’année internationale des parcours et du pastoralisme ! Mais derrière le pastoralisme les patrons et l’état ne pense pas aux salariés. Et pourtant, ce sera facile de leur rappeler que sans nous, il n’y aurait rien, et que ce n’est ni leur béret ni leur PowerPoint qui gardent les troupeaux.
Alors pour qu’il y ait encore des bergers, laissez tomber les vœux pieux. Tout cela ne tient pas du miracle :
Pour continuer ce métier, il doit nous permettre d’accéder à une vie digne et en bonne santé, et pour cela vous devez à vos employés des conditions de travail dignes.
Ça commence premièrement par le respect du code du travail !
Ensuite, nous revendiquons :
– Au vu des qualifications exigées, un palier 7 à 14,33 euros brut de l’heure.
– Le versement d’une prime d’équipement qui recouvre nos frais.
– Des véhicules de fonction ou bien une indemnité ajustée à l’usage de notre véhicule.
– Des formations gratuites adaptée à nos missions.
– Une indemnité pour les frais associées à nos chiens de conduite, leur éducation, leur soin et leur travail.
– Des repos compensateurs, au vu de l’isolement par rapport à notre domicile.
– Et enfin, l’application de la prime de précarité pour tous les CDD saisonniers.

Tout ceci ne nous sera pas donné sur un plateau d’argent. Il faudra aller l’arracher. Les possédants ne se laisseront pas faire.
On observe que le fascisme et l’impérialisme montent. Ce sont les bras armés du patronat dont il a besoin pour nous imposer ses objectifs de mort.
On ne veut plus d’économie austéritaire qui tue, plus de pollution qui tue, plus de violences policières qui tue, plus de propagande de guerre et de course à l’armement qui tuent.
On ne veut plus des intérêts capitalistes qui tuent, on pense à la Palestine qui subit un génocide, au peuple vénézuélien qui se retrouve pris entre les puissances impérialistes toutes intéressées par des ressources qui ne lui reviendront jamais.
Gardien.nes de troupeaux, ouvrier.ères agricoles, travailleur.ses détachés, unissons-nous et luttons pour un monde sans exploitation ni oppression ! Un monde qui réponde aux besoins et non aux profits !


Fini les vœux ! Vive la lutte ! Cette nouvelle année et toutes les prochaines

Revue de presse

Reportage de France bleu Isère :


Reportage de France 3 Alpes :


Article de l’Humanité :

Dormir sous un caillou, mourir foudroyé et travailler 80 heures par semaine… Les bergers de montagne se révoltent contre leurs conditions de travail

Réunion inter-massif 2025

Article de midi libre: Les gardiens de troupeaux se mobilisent

Du 6 au 8 décembre, les gardiens de troupeaux (moutons, chèvres, vaches), syndiqués CGT, se sont réunis durant trois jours au tiers lieu la Grange pour organiser leurs actions.

Pour Marie, bergère, « il y a beaucoup de choses problématiques dans notre métier tel que nos horaires qui ne rentrent pas systématiquement dans le cadre du Code du travail car en général, ils dépassent largement nos contrats et ce sont souvent des journées entières non payées. Il y a aussi les conditions de travail avec parfois aucun accès à l’eau potable, ou pas d’isolation, pas d’électricité dans le logement. »

Anthony, également berger, ajoute « qu’il faudrait que notre équipement pour travailler soit pris en charge, tout comme les frais concernant nos chiens de conduite qui reste entièrement à nos frais alors qu’ils sont indispensables à notre travail. Aussi, notre expérience et nos qualifications devraient être reconnues, or, on est tous majoritairement embauchés au smic. C’est un métier qui demande des connaissances dans différents domaines, techniques ou environnementaux, avec de fortes responsabilités. On travaille en autonomie totale sur la gestion de la zone de pâturage et du troupeau. »

Julia précise : «  On fait tous les soins, on gère les équipements, le matériel et il y a aussi la gestion des ressources fourragères. On a une forte charge de travail alors que nos emplois sont précaires. On nous parle de précarité choisie mais croyez-vous que l’on ait choisi de ne signer que des CDD saisonniers et d’être dans cette situation ? D’autant que cela nous ferme à un droit à la formation que l’on paie de notre poche et sur notre temps de repos pour pouvoir être plus efficace et à l’aise dans notre travail. »

Anthony conclut leurs démarches : « On voudrait juste des textes protecteurs par la création de conventions collectives spécifiques au niveau national et territorial pour encadrer la spécificité de notre profession de salarié agricole. »

La France Agricole – Les bergers soumis à des conditions de travail « d’une rare violence »

Voici un article publié sur le journal La France Agricole par Johanne Mâlin, le 29/10/2025

Le syndicat de salariés CGT a publié pas moins de soixante exemples de conditions de travail « catastrophiques » des gardiens de troupeau réclamant d’urgence leurs améliorations.

« Fausses fiches horaires » à signer obligatoirement, journées de 16 heures « sans interruption », contrats de travail « remis tard et qui ne correspondent pas à ce qui a été annoncé », logements « sans eau potable », absence de véhicule, multiples accidents, intimidations, humiliations par les éleveurs…

Pas d’accord spécifique

Les gardiens de troupeaux, s’indignent, par le biais du syndicat de salariés, de l’absence d’accord spécifique pour ces salariés particuliers « dont les conditions de travail, d’emplois et d’accueil sont catastrophiques ». Ils dénoncent comme problèmes majeurs : la reconnaissance salariale ou plutôt son absence, quand « l’immense majorité des gardiens de troupeau sont payés au SMIC alors même qu’on est en autonomie » et « la question du temps de travail très très très loin d’être respectée », dénonce Lisa, gardienne de troupeau et membre du syndicat dans la région, interrogée par La France Agricole. Au total, la FNAF-CGT énumère près de soixante exemples de problématiques rencontrées par les gardiens de troupeaux.

Convention collective non appliquée

Bien qu’ils dépendent de la convention collective pour les salariés agricoles et les Cuma, « pour nous [gardiens de troupeau], elle n’est pas appliquée », déplore Lisa.

Le syndicat de travailleurs a rappelé qu’un accord national pour améliorer les conditions de travail des bergers était en bonne voie… Jusqu’à ce mois-ci : « annulation pure et simple des négociations. » S »indigne le syndicat. La cause avancée par la FNAF-CGT ? Un tract diffusé aux assises du pastoralisme qui faisait état des problématiques rencontrées par les bergers dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui n’aurait pas plu à la FNSEA.

De son côté, le syndicat patronal assure qu’il n’arrête pas « toutes les négociations », explique Jérôme Volle, vice-président du syndicat en charge de l’emploi, mais seulement celle sur la question de la rémunération et du temps de travail. « Il faut formuler des demandes appropriées à la situation économique des exploitations », ajoute le viticulteur. Pour lui, un autre problème réside dans l’extension de la dénomination « gardiens de troupeau » aux salariés travaillant proches ou sur l’exploitation. Ce point de discorde entre la FNSEA et la FNAF-CGT serait à l’origine de la suspension des négociations par la FNSEA. Les futures négociations devraient être chapeautées par le ministère de l’Agriculture.

« Zone de non-droit »

La CGT formule trois revendications urgentes :

Abroger toutes les dispositions du Code rural qui dérogent au Code du travail,
Renforcer les contrôles des inspections du travail pour faire respecter les droits sociaux des salariés,
Avoir des accords en production agricole qui améliorent les droits des ouvriers agricoles.

Pour la FNSEA, la FNAF-CGT « demandait plus que [des dispositions du] code du travail ».

« Nous avions établi un cahier revendicatif sur les gardiens de troupeau en faisant état de nos conditions de travail. Dans les faits, nous nous sommes rendu compte que le Code du travail y répondait déjà », assure de son côté Lisa. « Mais on est face à une zone de non-droit de l’agriculture », estime la gardienne de troupeau.

Retour sur Massif Attaque – Télédraille

La création du SGT-Cévennes, Syndicat des Gardien.ne.s de Troupeaux a rejoint la dynamique de lutte déjà existante des SGT-CGT. Afin de revendiquer les conditions de travail et pour mettre en lumière la réalité et les difficultés de ce métier souvent idéalisé, une rencontre a été organisée à Saint-Jean-du-Gard sous le nom de Massif Attaque.

Voici la vidéo publiée par Télédraille suite à cette troisième édition de Massif Attaque du 25 au 27 avril 2025.

Voir la vidéo sur le site de Télédraille

Il était une bergère… qui f’sait la lutte des classes ! – Article de l’Âge de faire

Dans le cadre du Festival Primevère à Lyon en mars, nous avions pu discuter avec le journal L’Âge de faire, et voilà l’article qui à suivi.

Écouter l’article en version audio sur le site du journal L’Âge de faire

Lire l’article sur notre site:

Lire la suite : Il était une bergère… qui f’sait la lutte des classes ! – Article de l’Âge de faire

Massif Attaque édition cévenole : les gardiennes et gardiens de troupeaux, toujours plus nombreux, toujours plus combatifs

Les SGT-CGT se sont réunis à Saint-Jean-du-Gard ce weekend pour une nouvelle édition de Massif Attaque. Cette troisième édition a rassemblée plus de 300 personnes autour de la lutte des gardiens de troupeaux.

Le weekend a débuté vendredi par une journée de formation pour lutter contre les violences sexistes et sexuelles au travail. En agriculture, nous sommes régulièrement victimes de misogynie ou d’homophobie. Les situations de harcèlement et les agressions sexuelles sont fréquentes dans notre travail, et renforcées par l’isolement. Il est essentielle de nous organiser pour que cessent les violences.

L’atelier « négocier son embauche » a permis à de nombreux salariés de se former sur le droit du travail et d’appréhender de manière combative la saison qui vient.

Durant la discussion sur la réforme du RSA et la précarité, les camarades du CNTPEP ont rappeler que le chômage est un choix politique, fait par le pouvoir et le patronat, pour maintenir la pression sur les salaires et les conditions de travail. De cette manière, ils exercent un chantage à l’emploi permanent, nous obligeant à accepter n’importe quel emploi, à n’importe quel prix.

Pour aller plus loin, rendez-vous sur le site du Comité National des Travailleurs Privés d’Emploi et Précaires :

Lors de la table ronde « Paysannerie » et lutte des classes, nous avons débattus de la question suivante:

Pourquoi le « mouvement paysan » – tel qu’il se construit aujourd’hui – reste un frein, voire une impasse, pour les luttes du salariat agricole ?

Le patronat n’a de cesse d’invisibiliser les rapports d’exploitation qui existent en agriculture, et ainsi, d’invisibiliser les ouvriers agricoles et leurs luttes. L’installation est présentée par le monde paysan comme la seule voie de promotion sociale possible pour un ouvrier agricole. Une solution individuelle, donc, au détriment de la lutte collective des ouvriers pour l’amélioration de leurs conditions de travail et l’augmentation des salaires.

Une troisième édition réussite, riche de débats et de rencontres, et qui s’est terminée par la fête et les concerts.

Voir l’article de Reporterre :

En agriculture aussi, les patrons doivent payer !

Nouvelle mobilisation devant le siège de la FDSEA38 pour lui imposer de tenir ses engagement auprès des salariés des alpages, notamment la prime d’équipement de 250€ mensuelle afin de rembourser l’équipement de travail et de sécurité, qui est aujourd’hui entièrement à la charge des salariés ! Le SGT38 demande la reprise immédiate des négociations départementales pour l’amélioration de nos salaires, de nos conditions de travail et la reconnaissance de notre métier.

Les élections en chambre d’agriculture et la concurrence acharnée que se livrent les organisations patronales offre un spectacle lamentable. A en croire les différentes postures des uns et des autres, c’est a celui qui sera le plus réactionnaire et le plus anti-écologique que reviendra le privilège de diriger cette usine à misère qu’est la chambre d’agriculture.

Dans ce contexte difficile, les ouvriers agricoles ne se laisseront pas abattre, pour la bonne et simple raison que nous n’avons rien a perdre que des salaires misérables et des conditions de travail d’un autre temps.

Déclaration du syndicat CGT des gardiens de troupeaux de l’Isère le 22 janvier 2025 à Moirans :

Nous profitons de cette mobilisation pour rappeler les conditions de travail déplorables que subissent les gardiens de troupeaux. Voici un aperçu des situations auxquelles ont fait face les salariés des alpages, durant la saison d’estive 2024 :

Voir les articles sur notre mobilisation:

Sur ici Isère: « C’est du mépris » : la colère des gardiens de troupeaux isérois après l’annulation de négociations avec la FDSEA

Sur Place Gre’net: Moirans : le Syndicat des gardiens de troupeaux CGT manifeste pour demander plus de droits pour les bergers

Sur le Travailleur Alpin: Chambre d’agriculture. Les salariés votent, eux aussi

L’exploitation des pâtres, la forêt cachée par l’arbre à clichés

Nouvel article à lire sur le site du NPA révolutionnaire

 

Révolutionnaires : Pouvez-vous nous parler de votre métier, dont la réalité est assez méconnue, et nous décrire vos conditions de travail ?

Damien, Charlotte : Derrière l’image bucolique que l’on a des bergers, l’exploitation capitaliste est rude.

Le travail est dur physiquement, pendant la saison on ne compte pas les heures. On a un contrat à 42 heures1 officiellement, mais, en réalité, on est plus entre 60 et 80 heures par semaine (suivant si double poste ou pas). Sachant qu’on peut bien sûr être amenés à intervenir de nuit.

De plus, les conditions d’hébergement sont généralement très mauvaises, surtout en hiver : on nous met dans des bungalows délabrés, sans chauffage.

Juridiquement, notre employeur est responsable de nos conditions d’hébergement. Mais ce sont souvent les mairies qui sont propriétaires des cabanes. Employeurs et mairies se renvoient la balle pour contourner leurs responsabilités. À savoir que c’est le Code rural qui encadre les conditions d’hébergement des travailleurs saisonniers, et que les exigences qu’il fixe sont déjà au ras des pâquerettes. Il faut ajouter qu’assurer la protection du troupeau dans un contexte de prédation nous oblige à toujours dormir auprès de celui-ci, tout en changeant régulièrement de quartier : il faut donc plusieurs cabanes sur une même estive. Lorsque les abris fixes ne sont pas disponibles, nous dormons dans des abris héliportés de 4 m2.

Il y a aussi l’encadrement juridique de notre profession qui est insuffisant et très disparate : les accords collectifs qui existent dans certains départements n’existent pas partout, et leur contenu est très variable. Comme tous les travailleurs saisonniers, nos contrats sont toujours précaires : il s’agit le plus souvent de CDD saisonniers (pas de prime de précarité), mais on peut aussi parler des contrats (TESA) : trois clics avec la MSA (Mutuelle sociale agricole) suffisent pour sortir un contrat. Dans les deux cas, nos employeurs sont très majoritairement exonérés de cotisations sociales. C’est pour cela qu’un de nos axes de lutte est l’inscription d’un avenant dans la convention collective nationale qui garantirait de bonnes conditions de travail et de rémunération pour toutes et tous.

Qu’est-ce que l’élevage de montagne aujourd’hui ? Quel est votre rapport avec les éleveurs ?

C’est un secteur énormément subventionné, on a plus l’impression que c’est pour l’image que cela renvoie que réellement pour la production derrière, mais les sommes qui sont mises par l’État ou l’Union européenne ne se répercutent pas sur les salaires des gardiens de troupeaux.

En fait, il y a toujours ce mythe enjolivé de la paysannerie française gardienne du patrimoine et des paysages. En France, les paysans sont devenus des agriculteurs. Qu’ils soient petits ou grands : ils sont avant tout exploitants agricoles. C’est important pour nous de revenir à une lecture matérialiste des rapports de production, sans quoi il nous est impossible de prendre conscience de notre exploitation et de nous situer correctement dans les rapports de classe. C’est un piège pour nous et pour nos collègues de penser qu’un groupe abstrait, celui des « paysans » engloberait joyeusement salariés et petits exploitants. Matériellement, un employeur – qu’il soit petit ou grand, vertueux ou fanatique du productivisme – perd quelque chose dans ce que l’on gagne en tant que salariés. L’exemple le plus frappant est celui des cotisations sociales : qui, au sein du patronat agricole, réclame leur paiement ? Il faut sortir d’une approche morale pour revenir à une lecture matérialiste, qui nous permette d’être lucides sur les rapports d’exploitation qui nous lient à nos employeurs, quels qu’ils soient.

La FNSEA négocie le rabaissement des conditions de travail et les normes environnementales, sous couvert de lutte pour l’existence des paysans, ou contre le libre-échange. Alors que déjà, de base, les salariés agricoles n’étaient pas beaucoup protégés, c’est de pire en pire. Les syndicats agricoles utilisent l’intérêt politique et médiatique autour de la souffrance des agriculteurs pour faciliter l’exploitation de leurs salariés, dont on ne parle jamais. Ajoutons que l’enjeu d’image est particulièrement fort pour eux en cette période d’élections en chambre d’agriculture.

Même la Confédération paysanne, qui pourtant porte des valeurs de gauche, se concentre – et c’est bien logique si on en revient à une grille de lecture matérialiste – sur la protection des intérêts propres de ses petits exploitants. Quand on essaie de négocier des augmentations de salaire, c’est le côté patronal qui prime, qu’on soit progressiste ou réac. Petits ou grand patrons de l’agriculture exploitent inéluctablement leurs salariés. Encore une fois, ce n’est pas un jugement moral mais un fait, nous, on a une lecture de classe de l’économie et on ne s’en cache pas.

Objectivement les petits agriculteurs n’ont pas grand intérêt à défendre le système en place, mais, d’ici à ce qu’ils se joignent aux travailleurs agricoles et surtout soutiennent leurs revendications, la marche est haute, vu que ça implique de s’attaquer à leurs petits profits.

Quels sont les objectifs de votre lutte ?

On ne nie pas qu’il y a une détresse agricole ; mais on ne peut pas en rester là pour trouver des solutions. Notre axe est de défendre nos conditions de travail et, plus largement, de faire entendre une autre voix dans les questions agricoles, une voix ouvrière avec notre point de vue de classe, que les syndicats d’exploitants agricoles masquent.

On a cherché à regrouper d’abord les gardiens de troupeaux. Le SGT est relativement récent, mais on a pas mal grossi en peu de temps. On compte aujourd’hui une grosse centaine d’adhérents sur toute la France (pour peut-être 1 500 gardiennes et gardiens de troupeaux, on a du mal à avoir les chiffres) et quatre SGT différents : Ariège, Alpes du Nord, Alpes du Sud et Cévennes.

Le choix de la CGT repose sur deux constats. Le premier est pragmatique : on s’est tournés vers une organisation syndicale représentative dans le secteur agricole, c’est ce qui nous permet de siéger en commission paritaire pour négocier nos conventions collectives. Cela nous ouvre aussi la porte d’autres instances, pas forcément décisives, mais qui nous permettent de montrer qu’on est là. La Fnaf (Fédération nationale agro-alimentaire et forestière de la CGT) nous accompagne d’abord dans les négociations territoriales et nationales des avenants « gardiens de troupeaux » aux conventions collectives. Les SGT ont établi un cadre revendicatif commun pour améliorer les conditions d’emploi, de travail et de rémunération des gardiens de troupeaux sur tous les massifs.

Aujourd’hui, nous souhaitons également travailler à la convergence des luttes dans les secteurs agricoles en élargissant nos perspectives à tous les ouvriers et saisonniers du secteur. La Fnaf a un rôle important à jouer là-dedans, mais les UD et UL locales également.

Le deuxième est politique : on a fait le choix d’une organisation syndicale combative qui ne considère pas le dialogue social comme une fin en soi, mais qui revendique son héritage marxiste et soutien statutairement le rôle historique du mouvement ouvrier.

Nous menons aussi des actions de notre section pour rendre visible la lutte et faire pression sur le patronat agricole. Quelques objectifs que nous nous donnons :

  • Apparaître dans les kermesses patronales locales, se confronter aux éleveurs et rencontrer les pâtres dans les territoires : foires et salons agricoles.
  • Exister dans le paysage local en organisant des rassemblements, des conférences et des cafés prolos pour imposer nos thématiques et notre discours.
  • Élever d’un cran la défense des travailleurs en utilisant de manière systématique et stratégique le recours aux prud’hommes. Avoir une attitude plus offensive.
  • Solliciter les médias et les organisations politiques à toutes les échelles et les confronter à leurs ignorances et contradictions sur le monde du travail en agriculture.

Négociations en Isère: la FDSEA refuse de siéger

Le syndicat des gardien.nes de troupeaux de l’Isère organisait une conférence de presse ce vendredi 5 avril devant le siège de la fdsea38 a Moirans.

Il y a un an, notre syndicat organisait un rassemblement pour demander l’ouverture des négociations en Isère pour les gardiens de troupeaux, car il s’agit d’un des rares départements pastoraux à ne pas avoir d’accord qui prenne en compte les spécificités des métiers de berger.es, vacher.es ou chevrier.es dans les alpages. Depuis ce rassemblement, plusieurs réunions de négociations ont été planifiées avec la DDETS, mais une sur deux ont été annulées!
Ce vendredi 5 avril devait se tenir une Commission Mixte Paritaire à St Hilaire de la Côte. La FDSEA 38 a décidé d’annuler cette réunion, sous prétexte d’une interview donné par notre syndicat à l’issue de la précédente CMP le 14 mars dernier.

Suite à ces annulations en série, nous avons décidé de rappeler les conditions de travail et de rémunérations auxquelles font face les gardiens de troupeaux. Si nous ne mâchons pas nos mots dans nos communications c’est parce que nous sommes en colère. Les propos que la FDSEA 38 a jugé diffamatoire, ne sont rien, par rapport à ce que nous endurons en tant que travailleurs. Elle a pu être blessée par nos mots, mais nous sommes blessés au quotidien par les situations que nous traversons, et nous le payons par notre santé.

Pour les gardiens de troupeaux, ce qui fait arrêter la profession, ce sont la précarité, les nombreuses heures de travail non rémunérées, le travail au SMIC, les logements insalubres et dangereux, l’équipement et les chiens de conduite entièrement à nos frais, les discriminations racistes et sexistes,…

Les employeurs sont confrontés à des problématiques de recrutement et de formation de leurs salariés d’alpage. Et pour cause, le turnover dans le métier est intense, et on estime qu’une carrière de berger est de 5 saisons en moyenne. Cinq saisons, c’est environ le temps qu’il faut pour devenir un professionnel aguerri. Il y a donc effectivement un gros problème dans la profession. Mais les employeurs sont surtout confrontés à des problématiques de légalité vis-à-vis des conditions d’embauche qu’ils proposent.

Les éleveurs nous confient leurs troupeaux, et nous devons nous en occuper en quasi-autonomie, en étant présent 24/24H sur notre lieu de travail. Nous sommes rémunéré 35H à 44H par semaine, quelque soit le temps réel que nous avons travaillé. Notre rémunération est bien en deçà de ce qu’elle devrait être, et le temps de travail (vraiment) réalisé va bien au-delà du temps de travail légal.

 

Déclaration du SGT38

Déclaration de l’USRAF

 

Revue de presse: Voir les articles de presse ici.

 

Les propos tenu par Jérome Crozat, président de la FDSEA38, dans le reportage de France 3 nous scandalisent : Par la faute de notre action syndicale pour accéder à des conditions de travail décentes, nous favoriserions l’embauche de travailleurs étrangers ? Honte à vous de mettre les travailleurs en concurrence. Quelque soit leur status, leur genre ou leur couleur de peau, les travailleurs de l’agriculture doivent pouvoir vivre dignement de leur travail. Et la CGT se bat au côté de tous les travailleurs, pour qu’ils accèdent aux même conditions de travail, de rémunération et de logement que les travailleurs français.

Même travail, même droits !

Ces propos nous rappellent que la FNSEA propose désormais de fournir des « saisonniers hors Union européenne » aux agriculteurs. Ce service est évidement payant, mais le syndicat agricole fait des « prix de gros » pour des travailleurs venu du Maroc et de la Tunisie. (voir l’article de Mediapart)